Article: Conversations : Isabelle B. revient sur l'origine de Honu Handmade Jewellery

Conversations : Isabelle B. revient sur l'origine de Honu Handmade Jewellery
Dans le podcast Born To Hustle, Isabelle B. revient sur l'origine de Honu Handmade Jewellery. D'une passion pour le travail du métal transmise dans son ADN à un virage professionnel à 180°. Une mise à nu sans complexe, et en toute simplicité.
Vanessa Goma-Kick, mon amie de longue date et fondatrice du podcast Born To Hustle, m'a invitée à raconter Honu Handmade Jewellery. Vanessa est l'une de ces voix rares qui mettent en lumière les femmes et les mamans entrepreneures avec une sincérité totale : elle me soutient, moi et ma marque, depuis le tout début. En deux épisodes, nous avons parlé de ce qui m'a portée jusqu'ici : un héritage, une culture, et l'envie de remettre du beau dans une vie.
Deux hommes, un héritage
Mon grand-père maternel était fondeur. Mon père, dans sa jeunesse, était apprenti bijoutier. Je n'ai jamais connu mon grand-père, et mon père, je l'ai connu commerçant : les circonstances de la vie l'ont obligé à abandonner son projet de devenir bijoutier. Je n'ai vu travailler ni l'un ni l'autre.
Pourtant, je possède quelques pièces que mon père a réalisées à seize ans, à la main, sans moulage. Et sur mon établi, j'ai accroché une de ses broches en argent. Je l'appelle ma petite étoile : elle veille sur moi, et quand je bute sur une technique, je la regarde et la solution arrive.
Je pense que cette envie de travailler le métal m'a été transmise. C'est un héritage d'ADN, plutôt qu'un apprentissage. Aujourd'hui, je fais peut-être ce que mon père n'a pas pu faire.
Le Congo dans l'ADN
Je suis née à Brazzaville et j'ai grandi entre Brazzaville et Pointe-Noire. La beauté des femmes congolaises m'a toujours impressionnée : elles savent se faire belles et le rester en toute circonstance, à travers des accessoires choisis avec soin : le vêtement, et évidemment, le bijou. Cette philosophie de la petite touche raffinée est un ancrage culturel, inscrit dans leur ADN.
Le slogan que j'ai choisi pour Honu Handmade Jewellery, « Plus qu'un bijou, un ADN », exprime mon héritage familial en termes de passion pour le travail du métal, mais aussi cet ancrage à la culture de l'accessoire. Pour moi, le bijou est identitaire : il exprime qui l'on est, et c'est exactement ce que je propose à mes clientes. Le bijou unique qui leur permet de s'affirmer, d'exprimer leur profond « moi », leur caractère, leur unicité.
De l'exutoire à l'atelier
Pendant sept ans, j'ai travaillé pour la même structure, une société dans laquelle j'étais employée. À la fin, j'étais fatiguée moralement et physiquement. J'avais besoin d'une coupure, et surtout, de remettre du beau dans ma vie. En 2023, je me suis mise à la bijouterie comme on se met au jardinage : juste pour respirer. Je voulais voir si quelque chose pouvait sortir de mes mains, et à ma grande surprise, j'y arrivais, ce qui m'a encouragée à aller plus loin. J'ai commencé au travers de quelques cours en ligne prodigués par Caroline, formatrice en bijouterie/joaillerie et fondatrice de objectif-bijoux.com. Caroline fait partie de ces rares personnes qui partagent leur savoir avec sincérité, efficacité et simplicité. Puis en 2024, j'ai pris la décision de me lancer et de créer ma marque de joaillerie, Honu Handmade Jewellery. J'ai alors obtenu tous les agréments pour exercer ma nouvelle profession.
J'ai aussi intégré une école de joaillerie à Lisbonne, l'école Triboulet (Triboulet.pt), car j'avais besoin de me conforter et de me rassurer sur les bases que j'avais acquises seule. En plus d'avoir obtenu mon certificat dans cette école, j'ai rencontré des personnes formidables, mon maître bijoutier Miguel et sa femme Elsa, qui m'ont encouragée dès le départ et me soutiennent encore aujourd'hui dans tous mes projets.
L'argent massif et la perle de Tahiti, des matières vivantes
L'argent massif est ma matière principale. Il est agréable à travailler, mais il a un secret : au polissage, des bulles de cuivre remontent parfois à la surface, ce que l'on appelle les taches de feu, et c'est disgracieux. C'est un peu mon cauchemar, mais c'est aussi un défi que m'impose chacune de mes créations.
La perle de Tahiti, c'est mon amie Audrey, ma sœur de cœur depuis trente ans, qui a vécu à Tahiti et qui m'a fait découvrir cette merveille. J'ai alors compris qu'une perle est vivante : elle naît dans une huître, sa forme et sa couleur sont une surprise, et si elle est mal entretenue, elle perd son éclat jusqu'à mourir. C'est aussi pour cela que les perles entrent dans mon slogan : chacune a son propre ADN.
Pourquoi parle-t-on de « perle vivante » ?
Précision technique : la perle de Tahiti n'est pas un organisme vivant au sens biologique strict de la définition académique (elle ne possède pas de métabolisme actif une fois formée). Mais elle est qualifiée de « vivante » dans le vocabulaire joaillier traditionnel parce que sa matière organique reste réactive : elle évolue avec son environnement, se nourrit du contact avec la peau qui réhydrate sa matrice, et peut perdre définitivement son éclat si elle n'est pas portée et entretenue. Les joailliers parlent même de perle « morte » pour une perle dont le lustre s'est éteint définitivement.
Cette terminologie est consacrée par les perliculteurs polynésiens, par les grandes maisons joaillières internationales (Mikimoto, Tasaki, Wan Pearls) et reconnue par les organismes de référence GIA (Gemological Institute of America) et CIBJO (World Jewellery Confederation), qui classent les perles parmi les organic gems par opposition aux gemmes minérales.
Ma technique de prédilection est le ramolayé : je sculpte le motif directement dans la masse du métal, avec des outils de coupe traditionnels appelés échoppes. Je ne dessine pas mes pièces avant de les faire : l'inspiration vient à l'établi, le bijou se révèle à mesure. Je note ensuite, après coup, ce que j'ai créé. Aucune pièce n'est moulée, aucune n'est produite en série. C'est un travail minutieux, précis et lent. C'est ce que l'on appelle aujourd'hui le slow luxury, et c'est ma manière de travailler et de respecter la matière.
Trois collections, une cohérence
Lagon est ma première collection. Elle vient de mon attachement au monde marin, et c'est aussi de là qu'est né le nom Honu : en langue polynésienne, Honu désigne la tortue marine. La tortue incarne la longévité, la résilience, la capacité à s'adapter, sur terre comme sous l'eau.
Joséphine B. est ma deuxième collection, d'inspiration Art Déco, en hommage à Joséphine Baker. C'est un message qui me tient à cœur. Quand j'ai voulu polir ces pièces géométriques en miroir, les taches de feu sont réapparues plusieurs fois : il a fallu reprendre, recommencer, jusqu'à obtenir la précision attendue.
Brut. est née d'un accident créatif. Un jour, j'ai voulu fondre des chutes de bijoux qui ne me convenaient pas. Mon chalumeau a faibli, n'est pas allé au bout, et sous la flamme, des formes se sont dessinées. Je les ai gardées. Chaque pièce de Brut. porte la marque de cet instant : la matière laissée volontairement brute, comme la surface d'un météorite.
Mon engagement pour les tortues marines
Dans la deuxième partie de la conversation, j'évoque mon partenariat avec Renatura Congo : une rencontre évidente avec une ONG congolaise qui œuvre, depuis sa création, pour la conservation des tortues marines et la préservation de leur écosystème. Ce lien-là, je le devais aux tortues marines, qui me passionnent, mais aussi à mon pays d'adoption, la République du Congo. Concrètement, mon engagement prend la forme d'un reversement direct sur mon chiffre d'affaires : 1 % sur l'ensemble de mes bijoux, et 5 % sur les pièces de la future capsule Kalunga.
Merci à toute l'équipe de Renatura Congo pour son investissement quotidien et pour le travail de terrain remarquable qu'elle mène depuis plus de vingt ans aux côtés des communautés locales, des pêcheurs et des tortues marines qui viennent pondre sur la côte congolaise. Ce que vous faites compte. Honu Handmade Jewellery est heureuse de pouvoir y contribuer.
Merci à Vanessa Goma-Kick de m'avoir donné cet espace pour raconter ce qui ne se voit pas dans les bijoux, l'histoire d'avant. Born To Hustle, c'est son podcast : deux interviews par mois pour les femmes et les mamans entrepreneures, ce qu'elle appelle les Momagers, celles qui mènent de front une vie de famille et un projet professionnel. Vanessa donne la parole à ces femmes qui construisent, qui doutent, qui recommencent, et qui finissent par tracer leur route. J'ai eu la chance, et la joie, qu'elle me reçoive parmi ces voix-là.
À retrouver sur la chaîne YouTube du podcast et sur les principales plateformes d'écoute.



